Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 15:30
lundi 7 avril :

Après un week-end de glandage pour la plupart d'entre nous, le réveil est collectif ce matin-là, avec les titres de 20 Minutes et Métro, nos journaux de chevet de transport : la flamme olympique passe aujourd'hui à Paris !

Sur l'impulsion de deux ou trois politicards de notre classe, nous nous mettons à rédiger à la va-vite quelques "affiches-banderoles" (de simples feuilles de papier A3 bien solides), avec comme slogans "La flamme de la honte brûle Paris", ou encore "Dictature made of China". Munis de ces "armes" (car c'en étaient, comme nous le verrons par la suite) nous nous dirigeons vers le Pont du Garigliano, adjacent à l'IUT, où doit passer le cortège de la flamme.

Arrivés sur place, nous déchantons quelque peu : nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l'idée de venir contempler, et nous retrouvons derrière une masse compacte, qui nous empêche de voir quoi que ce soit. De plus, la présence policière est assez forte : une demi-douzaine de fourgons stationnés sur le pont même, fermé à la circulation, avec quelques renforts derrière. Les gendarmes obligent la foule à rester sur les trottoirs, malgré le fait que la flamme ne passe pas par le pont même. Abusés par la tête de file publicitaire, nous brandissons nos pancartes de fortune, qui nous sont illico arrachées par les policiers présents. Très surpris par cette réaction insoupçonnable en France (j'en ai fait des manifs à Paris, et c'est la première fois que je vois ça), nous nous laissons passivement faire. Ce n'est qu'en voyant un petit vieux embarqué manu militari que nous commençons à réagir, stimulés par un autre homme, qui nous enjoint de faire front. Nous protégeons ainsi tant bien que mal le dernier journal Libération, en opposant un mur compact aux CRS pas si courageux que ça.




Il faut le préciser : nous n'avions jusqu'ici que l'intention de brandir ces pancartes sur le Pont, puis rentrer bien sagement en cours ; mais ulcérés par ce déploiement de forces de l'ordre, et de leur comportement digne d'une dictature, notre sang ne fait qu'un tour et nous décidons de nous engager plus vivement dans "l'affaire", d'autant que la flamme doit faire demi-tour et repasser devant notre IUT même. Nous rentrons en quatrième vitesse dans notre salle (au 7ème sans ascenseur......), redessinons à la va-vite quelques banderoles supplémentaires et embarquons un stock de Libé (distribués gratuitement à l'IUT) pour redescendre juste au second passage de la flamme... enfin, pardon, du défilé de toutes les sections de gendarmerie et de CRS de France. Nous distribuons une vingtaine d'exemplaires à la foule amassée sur les trottoirs, en enjoignant les badauds de brandir eux aussi les journaux, afin que leur nombre rende impossible leur confiscation.

A partir de là commence une véritable course-poursuite entre les étudiants bien remontés et les CRS, qui nous ont facilement contenus grâce à la configuration de l'avenue de Versailles, qui ressemble plutôt à une grande rue : un groupe d'une dizaine de flics s'arrêtait ponctuellement pour faire barrage de chaque côté du trottoir, et rompait une minute après pour recommencer le même manège quelques dizaines de mètres plus loin. La tension était palpable, mais aucun accident n'a heureusement été à déplorer. Nous avons ensuite suivi le cortège à travers quasiment tout Paris, en brandissant nos banderoles et en donnant vigoureusement de la voix, acclamés et encouragés par les badauds attroupés qui nous donnaient l'énergie de continuer. Nous avons miraculeusement échappé aux gaz lacrymogènes, qui ont atteint quelques Mélies, restées en arrière. Interviewés par Public Sénat et mitraillés par une bonne vingtaine de photographes amateurs, nous avons même eu droit à un passage de quelques secondes au JT de TF1 du soir-même.


La conclusion de cette journée est limpide : loin de notre politique étrangère courageuse incarnée par feu notre Chirac, héros des pays arabes, et par de Villepin, auteur d'un discours légendaire devant l'ONU tout entière, notre gouvernement cède aujourd'hui à une attitude totalement mercantiliste, parfaitement représentée par un Président fêtant sa victoire présidentielle au Fouquet's.
Je n'en reviens toujours pas de m'être vu arracher mon journal, moyen d'expression modeste mais ô combien menaçant pour l'image de la France vis-à-vis de la Chine. Car il faut bien l'admettre, il s'agit de garder les meilleures relations possibles avec un partenaire commercial au potentiel gigantesque, quitte à appliquer les mêmes méthodes de censure que lui. A noter que Mr Sarkozy de Nagy-Bocsa (son nom entier, ne l'oublions pas) a retourné sa veste deux jours après, en parlant de fameuses "conditions" à la participation de la France à la cérémonie d'ouverture. Un peu tard, monsieur le Président...



Bref, belle après-midi au final : nous sommes heureux de nous être faits entendre (la cérémonie de l'Hôtel de Ville a été annulée), et avons le sentiment d'avoir participé, à notre échelle, à la vie politique de la France. Il faut dire que la configuration de cette manifestation était particulière, plutôt dynamique (il s'agissait de ne pas perdre le cortège de vue), contrairement à celle d'une manifestation contre le CPE par exemple, bien organisée et cadenassée par les différents syndicats. Notre spontanéité a donc eu droit de cité, et nous ne nous en sommes pas privés.
Par Civili
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